David David Fritz Goeppinger, photographe, victime du Bataclan 

A l’occasion de l’inauguration de l’exposition pédagogique, nous avons rencontré David, photographe et victime du Bataclan, qui a accepté de témoigner pour le MMT.

Pouvez-vous rapidement vous présenter ?

Je m’appelle David, j’ai 33 ans. Il y a près de 9 ans, le 13 novembre 2015, j’ai été pris en otage avec 10 autres personnes par deux des trois terroristes ayant attaqué le Bataclan. Aujourd’hui, je suis photographe et écrivain, et je m’engage activement dans diverses actions en soutien aux victimes du terrorisme.

Qu’est-ce que l'art et, peut-être plus précisément la photo vous ont apporté dans votre vie, votre processus de reconstruction?

Je suis devenu officiellement photographe en février 2018, trois ans après les attentats.  Mais la photographie a toujours occupé une place centrale dans ma vie puisque dès mon enfance, j'ai ressenti le besoin de capturer des instants et de les ancrer dans ma mémoire à travers l’objectif. Bien que mon histoire avec la photographie soit ancienne, j’étais barman au moment des attentats, car je n'avais plus envie de faire de ma passion un métier. Après le 13 novembre, il m’a été impossible de retourner au bar. Le cadre rappelant trop celui de l'attentat — la musique, la foule, l'alcool, la fête — réactivaient constamment mon syndrome de stress post-traumatique. J'ai dû progressivement faire le deuil de cette partie de ma vie et accepter que je ne serais plus jamais ce jeune barman insouciant, pour revenir à ce que je savais le mieux faire : la photographie.

Au fil du temps, le métier de photographe m’a permis de progresser à mon propre rythme, en m’adaptant aux aléas du quotidien et en surmontant les difficultés qu'une victime du terrorisme peut rencontrer. J’étais redevenu autonome.

Pouvez-vous me présenter une des photos que vous avez prises pendant le procès et qui vous a marqué le plus et pourquoi ?

Photo de David FG

J’ai pris cette photographie au mois d’avril 2022, en plein procès des attentats du 13 novembre 2015. À cette époque, Arthur Dénouveaux et moi-même cherchions à saisir un “portrait” qui représenterait la salle d’audience comme si elle était une personne à part entière. Après avoir exploré le Palais de Justice de fond en comble, j’ai fini par me poster en hauteur sur l’un des bancs donnant sur la salle Grand Procès et ai déclenché en direction d’Arthur pour voir ce qu’il en sortait.

Dans mon intention, il y avait, déjà, l’envie de saisir l’instabilité dans notre vie depuis l’attentat mais aussi mettre en abîme notre victimité grâce à la présence d’Arthur à travers mon regard. Cette double lecture s’opère uniquement si on sait que je suis moi-même victime et que je participais à ce procès non seulement en tant que photographe mais aussi en tant que partie civile.

Vous êtes venus au vernissage de l'expo pédagogique, qu'en pensez-vous ? qu'avez-vous ressenti de voir tous ces élèves qui s'intéressent à ce phénomène du terrorisme, qui s'en emparent pour créer? 

J’ai été très ému de voir tant d’élèves investis dans ce projet et embrasser ce thème si difficile pour nous. Il y a, selon moi, une véritable urgence à porter ces sujets auprès des jeunes aujourd’hui, notamment à cause du surgissement du terrorisme dans les établissements scolaires et la présence omniprésente des actes belliqueux dans la presse quotidienne. En investissant la jeunesse, on abreuve non seulement la mémoire collective de ces événements mais aussi on permet la construction d’une société où la victimité a sa place et le terrorisme n’est plus la fin.

Et pour finir, que souhaitez-vous dire à nos lecteurs?

Le 17 octobre 2024 nous avons appris la disparition de Simon Fieschi, victime de l’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015. Son décès s’inscrit à la suite du décès de Fred Dewilde plus tôt dans l’année, il était l’une des victimes de l’attentat contre le Bataclan le 13 novembre 2015.

Si je ne me permets pas de parler à la place de leurs proches, je peux cependant m’exprimer au nom de la communauté dont je fais partie qui a été heurtée de plein fouet par la perte de nos camarades. 

Parce qu’être victime du terrorisme est un combat de tous les jours, nous avons perdu non seulement des amis mais aussi des alliés au cœur des batailles que nous menons. Simon et Fred étaient deux acteurs ardents dans la construction de la mémoire collective du terrorisme dans notre société. D’ailleurs, tous deux portaient régulièrement leur témoignage et réflexions auprès des jeunes, tous deux, avaient côtoyé la mort de près. Tous deux ont disparu. Il ne reste aujourd’hui que leurs mots et dessins, à nous, que des larmes. 

Ce combat, individuel dans un premier temps, s'est transformé en une lutte collective contre le terrorisme et l’obscurantisme. Il est aujourd’hui essentiel pour nous, en tant que société, d'en comprendre l'importance dans notre quotidien et de porter à notre tour le flambeau laissé par Simon et Fred.

Alors, pour nous, racontez à vos proches, à vos amis, à des inconnus, qu’après des attentats des personnes blessées dans leur chair et leur âme se sont relevées pour se battre et faire un doigt d’honneur au terrorisme. Merci Simon.
 

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