

Nice : dix ans après
Le 14 juillet 2016, la ville de Nice a été le théâtre d’une attaque terroriste d’une extrême ampleur. Cet événement traumatique collectif a nécessité la mise en place en pédopsychiatrie d’un dispositif de soins spécifique au psychotraumatisme, adapté à une population de jeunes enfants. L’impact du « trouble de stress post traumatique » (TSPT) sur le plan neurocognitif, émotionnel et sensorimoteur venant bousculer la course développementale des jeunes enfants, une réponse thérapeutique rapide a été nécessaire. Un groupe thérapeutique à médiation sensorielle a ainsi été créé afin de relancer le processus d’intégration et de régulation sensorielle dans ce contexte d’effraction développementale liée au psychotraumatisme.

Nombreuses sont les parties civiles du procès de l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice à avoir déploré une faible médiatisation au cours du mois de déposition qui leur était consacré. La distance socio-spatiale séparant Paris et Nice a été mise en avant : les victimes niçoises ne seraient pas assez distinguées pour susciter l’intérêt médiatique et mémoriel. L’article s’attache à déconstruire l’idée d’une homogénéité des victimes de l’attentat du 14 juillet 2016 et à revenir sur les normes de comportement attendues par les institutions judiciaire, médiatique, politique lors du récit des victimes de terrorisme. Normes desquelles les victimes se seraient écartées. Les défaillances des institutions policières et judiciaires pointées par celles-ci participent à la complexification du récit, rendant sa mémorialisation plus difficile.
Les procès des attentats du 13 novembre 2015 et de l’attentat de Nice du 14 juillet 2016 se sont tenus entre septembre 2021 et décembre 2022, au palais de justice de l’Île de la Cité, à Paris. Ces procès historiques du terrorisme ont été qualifiés de « hors norme » vu le nombre inédit de participants et l’ampleur du dispositif mis en place. Cet article amorce une réflexion sur les façons d’écouter ces procès sous deux aspects, d’abord par un parcours sonore visant à éclairer de façon sensible leur réalité quotidienne. Elle entremêle un rapport ritualisé à un espace judiciaire inhabituellement fragmenté par le dispositif de sécurité, avec la symbolique d’un monument multiséculaire où l’Histoire est vécue, jour après jour et dans la durée, par une micro-société spécifique. Écouter ces procès, c’est ensuite analyser le son comme enjeu central d’un dispositif visant à assurer la publicité des débats à un nombre exceptionnel d’acteurs, particulièrement les parties civiles, dans et hors de la salle d’audience. Le micro, devenu indispensable, questionne néanmoins les principes du débat contradictoire car le président a la maîtrise de la distribution de la parole. Le rituel judiciaire est quant à lui contraint par la nécessité de rester fixe devant le micro. Il convient enfin d’interroger les étapes de création de la webradio, destinée aux parties civiles, caractérisée notamment par une modification de la loi et du code de procédure pénal. Ces premiers éléments posent les fondements d’une réflexion sur l’écoute des procès historiques du terrorisme sans lesquels l’analyse du contenu des débats, qui sera faite par ailleurs, serait biaisée.
Cet article a pour objectif d’analyser le rôle des vidéos amateurs dans la diffusion de l’information, en s’intéressant aux éditions spéciales des journaux télévisés internationaux diffusées au lendemain de l’attentat terroriste du 14 juillet 2016 à Nice. Dans un contexte marqué par une occultation systématique de la mort, ces vidéos contribuent, par leur dimension sonore, à la célébration des survivants. Ces « images-martyrs » ont une valeur de témoignage et aident à exorciser la mort violente au sein de rituels médiatiques tels que les journaux télévisés.
La recherche met en lumière les tensions et les contradictions entre l’effacement des traces de l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice et les initiatives de mises en mémoire, collective et individuelle. L’étude des mémoriaux officiels et d’autres plus intimistes, montre leurs insertions dans l’espace public, les usages et les pratiques qui les mobilisent, les mises en scène et les discours qui les encadrent. Par exemple, L’Ange de la Baie, œuvre mémorielle de l’artiste Jean-Marie Fondacaro, vise à concilier vie et mort dans le mouvement et prend progressivement sa place en ville.

Frédéric Vinot « Resilience or Reconstruction? A Psychoanalytical Approach to Urban Space After the Attack on the Promenade des Anglais (Nice, 14.07.2016) » in Katharina Karcher, Yordanka Dimcheva, Mireya Toribio Medina, et Mia Parkes (ed.), Urban Terrorism in Contemporary Europe, New York, Palgrave Macmillan, 2024, pp. 189-207.
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