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Les collections du MMT

DES OBJETS POUR LA PEDAGOGIE

13 novembre 2015 : des collections pour la pédagogie 

Dix ans après les attaques, comment les enseignants peuvent-ils se saisir des attentats du 13 novembre 2015 et de leurs mémoires ? De nombreuses disciplines – histoire, géographie, géopolitique, droit et grands enjeux du monde contemporain, lettres, philosophie, arts plastiques, cinéma et audiovisuel, enseignement moral et civique, et sciences et vie de la terre – peuvent mobiliser des séances spécifiques en vue des commémorations des attentats du 13-Novembre, ces fusillades et attaques-suicides s’étant déroulées au Stade de France (Saint-Denis), sur plusieurs terrasses de café dans les 10e et 11e arrondissements de Paris (Le Carillon, Le Petit Cambodge, Casa Nostra, Café Bonne Bière, La Belle Equipe, Comptoir Voltaire) et dans la salle de spectacle du Bataclan. En plus de ressources pédagogiques en ligne (par exemple, Lumni), le Musée-mémorial du terrorisme, par sa politique de collecte, propose plusieurs entrées possibles via des objets liés à ces attentats – objet-témoin, objet-souvenir, objet-procès – qui témoignent du vécu des attentats, de la parole des victimes, du rôle cathartique du procès de 2021-2022 et des réactions multiples de la société française. Les commémorations de 2025 constitueront un moment important dans les mémoires collectives et individuelles depuis les attentats. 

Le téléphone portable de Marie  

Téléphone portable et coque

Le Musée-mémorial du terrorisme a acquis de nombreux objets, témoins des violences perpétrées lors des attentats du 13-Novembre. Certains ont trait au quotidien et étaient portés par des victimes : sacoche, sac à main, chaussures, etc. Après les attaques, ils ont fait partie des scellés judiciaires durant toute l’instruction ou ont été conservés par les rescapés, parfois des années durant, ils conservent une charge affective forte liée à l’évènement. 

Le téléphone portable incarne ce type d’objet-témoin. Plusieurs rescapés du Bataclan et des terrasses de café évoquent ces téléphones qui sonnent dans le vide pendant et après les attaques. Celui de Marie Hourcastagnou est particulièrement révélateur des violences subies lors des attentats. Il s’agit d’un IPhone 6 de couleur dorée, présentant des traces de griffures, et de sa coque de couleur turquoise, représentant une baleine. Ils ont été « nettoyés » par les services de police, effaçant des traces éventuelles de sang et poudre. Objets anodins, ils témoignent du traumatisme vécu par la victime, retenue avec une dizaine d’otages dont son compagnon, par les deux djihadistes survivants, à l’étage supérieur du Bataclan, dans un long couloir fermé par une porte et donnant sur un escalier en colimaçon. Dans le récit qu’elle en donne dans le film documentaire des frères Naudet (13 Novembre. Fluctuat Nec Mergitur), Marie Hourcastagnou insiste sur la place jouée par ce téléphone : « Mon téléphone, c’est ma vie ». Aux côtés de deux otages, elle est positionnée contre la porte d’entrée du couloir. Tous les téléphones portables sont placés au sol sur ordre des terroristes, certains vibrent ou sonnent, appelés par des proches inquiets. Celui de Marie Hourcastagnou devient emblématique de cette dernière phase de l’attaque sur le Bataclan : il est utilisé par les terroristes pour communiquer avec le négociateur de la BRI (Brigade de recherche et d’intervention), ce qui amène la victime à souligner la part de grotesque entre la figure du terroriste et la coque « baleine » de son téléphone utilisé par les djihadistes. Après l’intervention de la BRI, libérant les otages, le téléphone est laissé au sol et devient scellé judiciaire dans le cadre de l’enquête – Marie est entendue au procès le mardi 19 octobre 2021 avec son compagnon Arnaud, également rescapé.  

Restitué à la fin de l’instruction à Marie Hourcastagnou, elle en fait don au Musée-mémorial du terrorisme en 2025. 

Dessin à l’aquarelle de Noëlle Herrenschmidt représentant Marie et son compagnon Arnaud lors du procès, le mardi 19 août 2021

Le portrait-souvenir de Nadia Mondeguer 

Les arts ont joué un rôle majeur après les attentats du 13 novembre 2015. Le Musée-mémorial du terrorisme a ainsi développé une politique d’acquisition d’œuvres artistiques produites pour honorer des victimes ou commémorer certains attentats (dessins, peintures, photographies, instruments de musique, etc.). Certaines ont une portée collective – se souvenir des victimes du terrorisme en général –, d’autres une portée plus individuelle – se souvenir d’un proche ou d’une figure en particulier. 

Le portrait-souvenir dessiné par l’artiste Akhine (appelé alors « Alex ») témoigne de cette démarche artistique. Il a été réalisé par ce spécialiste du graffiti pour les parents de Lamia Mondeguer, Jean-François et Nadia, qu’il a rencontrés en 2016 : à 300 mètres de leur domicile, leur fille a été tuée sur la terrasse du restaurant La Belle Equipe, aux côtés de son compagnon, Romain Didier – information qu’ils n’obtiendront que le lendemain des attaques après plusieurs heures d’angoisse. Inspiré par une photographie de cette victime, l’artiste dresse un portrait d’une jeune femme de 30 ans, habitante de longue date du 11e arrondissement, au regard espiègle et aux cheveux longs détachés, sur laquelle il a ajouté une coccinelle à l’épaule, référence au nom que son père lui donnait. D’origine égyptienne, arrivée en France dans les années 1970, Nadia Mondeguer, la mère de la victime, explique que ce portrait figuratif, réalisé un an après les attentats, vise à « rendre vivante Lamia », ce dont témoignent les fenêtres représentées dans ses yeux comme une ouverture sur le monde et l’humanité. Le mardi 5 octobre 2021, elle témoigne au procès des attentats lors d’un moment fort, où elle tente d’obtenir des réponses sur le parcours de ces terroristes du même âge que sa fille, dénonçant le dévoiement de la religion musulmane par ces derniers.  

En 2022, le portrait est donné par Nadia Mondeguer au Musée-mémorial du terrorisme afin de le « protéger » et de rendre sa dignité à Lamia

Portrait de Lamia Mondeguer par Akhine, réalisé en 2016

Les dessins du procès V13 : les témoignages d’Aurélie Silvestre et de François Giroud 

Les dessins du procès des attentats du 13-Novembre (dit « V13 »), acquis par le Musée-mémorial du terrorisme, permettent d’expliquer son déroulé, la place majeure accordée aux victimes et sa dimension hors-norme, au sein d’une salle de 750m2, prévue pour 550 places, située à l’intérieur du Palais de Justice de Paris, sur l’île de la Cité, durant plus de dix mois (de septembre 2021 à juin 2022). Près d’une dizaine de dessinateurs y participent pour croquer en direct les audiences. Les aquarelles de Noëlle Herrenschmidt, célèbre dessinatrice d’audience depuis les années 1980, permettent de saisir divers moments du procès V13, via des portraits des parties civiles, des accusés, des femmes et des hommes de loi et des professionnels entendus à la barre. 

Ce dessin représente les dépositions d’Aurélie Silvestre et de François Giroud, la compagne et le père d’une victime de l’attentat du Bataclan, Matthieu Giroud, enseignant en géographie à l’université. Leurs témoignages, parmi les 350 parties civiles entendues, marquent l’audience, ce jeudi 21 octobre 2021. Dès 2016, Aurélie Silvestre, enceinte de cinq mois à l’époque des attentats, a témoigné, dans un livre, Nos 14 novembre, du traumatisme vécu par les proches des victimes. Les annotations prises par Noëlle Herrenschmidt témoignent de cette sidération dont elle fait part au procès (« Mon père s’assied sur mon lit : "Mathieu est mort" »), mais aussi du chemin de reconstruction entrepris avec ses deux enfants et son nouveau compagnon dans l’après-13 Novembre. La représentation, volontiers sobre, des deux témoins montre la minutieuse préparation des parties civiles via la lecture de textes depuis le pupitre de la salle d’audience – le tapuscrit publié en ligne de la déposition d’Aurélie Silvestre est considéré comme un autre moment marquant du procès V13. La déposition du père de Matthieu Giroud, ici représenté avec ses lunettes de vue, évoque tous ces traumas vécus par les proches des victimes, mais également la nécessité de témoigner au procès, un « devoir social », dira-t-il aux journalistes. Ces dépositions sont l’occasion pour les victimes et ces proches de renforcer cette communauté de destin – et de deuil – constituée depuis les attentats et de s’inscrire dans une mémoire collective (« Je suis restée immobile à imaginer quels drames avaient vécu les victimes avec les rubans rouges ou verts », la première couleur interdisant à la presse de leur poser des questions, la seconde l’autorisant). 

 Si le procès V13 a été intégralement filmé, l’accès à ces archives audiovisuelles est en principe restreint durant cinquante ans, mais le MMT en présentera cependant des extraits dans son exposition permanente. Le dessin de presse judiciaire reste donc l’une des portes d’entrée dans ce procès historique et dans le récit des victimes du 13-Novembre. 

Dessin à l’aquarelle de Noëlle Herrenschmidt représentant François Giroud et Aurélie Silvestre lors du procès, le jeudi 21 octobre 2021
Actualités
Déplacement sur les lieux du futur Musée-mémorial du terrorisme à la caserne Lourcine
Vue de la cour de la caserne Lourcine
Déplacement sur les lieux du futur Musée-mémorial du terrorisme à la caserne Lourcine

Le jeudi 29 janvier 2026, les équipes de la mission de préfiguration du Musée-mémorial du terrorisme ont accompagné les membres du Conseil scientifique et culturel ainsi que ceux de l'Observatoire d'orientation et certains représentants des ministères membres fondateurs du GIP sur le site du futur Musée-mémorial du terrorisme qui s’installera à l’horizon 2030 dans une partie inoccupée de la caserne Lourcine, dans le 13 arrondissement de Paris. Cette visite fait suite à l'annonce du président de la République en novembre 2025, qui a officialisé le choix de ce lieu emblématique pour accueillir le futur établissement.