Le 12 février dernier se tenait le deuxième séminaire de l’année 2025 du Programme 13-Novembre. Il s’agit pour rappel d’un programme de recherche transdisciplinaire né à la suite des attentats du 13 novembre 2025 coconçu et porté par l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, le CNRS et l’INSERM. Il a pour objectif l’étude de la construction et de l’évolution de la mémoire après les attentats de novembre 2025 et notamment la façon dont mémoire individuelle et mémoire collective s’articulent ainsi que la compréhension du Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT). Ce programme répond également au besoin de constituer un corpus de témoignages pouvant être utilisés à des fins patrimoniales et scientifiques et doit permettre d’améliorer la prise en charge des civils et des intervenants professionnels.
Avec pour titre « Mémoire, mémoire collective, mémoire sociale, mémoire individuelle ; les mots pour penser les nouvelles sciences de la mémoire » ce deuxième séminaire a permis d’expliciter des termes couramment utilisés dans le cadre de cette étude.
Parmi les orateurs, se sont succédés Francis Eustache de l’Université de Caen Normandie, neuropsychologue, professeur à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, spécialiste en neurosciences et sciences cognitives, Jörg Müller, chercheur au CREDOC (Centre de Recherche pour l’Etude et les Condition de Vie) avec lequel le MMT a déjà travaillé dans le cadre de ses premières enquêtes de notoriété, Jean-François Orianne, docteur en sociologie et professeur à la faculté des Sciences Sociales de Liège et Denis Peschanski, historien de la Seconde Guerre Mondiale, directeur de recherche émérite au CNRS, cofondateur du Programme 13-Novembre.
A tour de rôle, chacun s’est exprimé sur l’utilisation et la définition de ces concepts selon leur expérience et dans le cadre de leur discipline. Francis Eustache s’est ainsi plus spécifiquement attaché à distinguer la mémoire épisodique, un concept forgé par le neuropsychologue Endel Tulving qui désigne la mémoire personnellement vécue que l’on peut situer dans le temps et dans l’espace, de la mémoire sémantique qui renvoie à un ensemble de connaissances générales acquises au cours de l’existence mais dont l’individu est incapable de se remémorer le lieu et la date de leur apprentissage. Ce qui intéresse particulièrement le chercheur dans le cadre du Programme 13-Novembre est le passage d’une mémoire épisodique à une mémoire sémantique. Ce transfert opère une synthèse qui est constitutive de notre identité.
Jean-François Orianne s’est ensuite lui concentré sur les différences entre mémoire collective, qui est une opération spécifique des systèmes psychiques, et mémoire sociale qui est une opération de communication propre aux systèmes sociaux.
L’intervention de Jörg Müller était consacrée à l’enquête qu’il mène avec le CREDOC. Au moment de la création du Programme 13-Novembre, il a en effet été jugé important de faire appel à ce centre de recherches pour connaître l’état psychologique de la société française. Il ressort de cette étude une cristallisation de la mémoire des attentats autour du seul 13 novembre puisqu’à la question « quel est l’attentat dont vous vous souvenez le plus ? », les personnes interrogées répondent majoritairement cette date en question. Cet effet de condensation mémorielle autour d’un seul acte terroriste fait courir le risque d’une valorisation sociale des victimes de cet attentat précis aux détriments d’autres victimes d’attentats moins ou peu médiatisés.
Enfin, Denis Peschanski a clôturé ce séminaire en distinguant mémoire et histoire et en montrant comment certains faits historiques entrent dans le registre de la mémoire collective. Pour appuyer son propos, il a évoqué à titre d’exemple les bombardements très meurtriers de civils en Normandie pendant la Seconde Guerre Monde qui jusqu’à très récemment ne faisaient pas partie de la mémoire collective quand bien même ces évènements datent d’il y a 80 ans. La mémorialisation de certains faits historiques plutôt que d’autres dépend ainsi du régime mémoriel dans lequel une société s’inscrit.
Le prochain séminaire aura lieu le mercredi 5 mars, l’ensemble du programme est accessible sur cette page : 2025_Programme_Séminaire
Le jeudi 29 janvier 2026, les équipes de la mission de préfiguration du Musée-mémorial du terrorisme ont accompagné les membres du Conseil scientifique et culturel ainsi que ceux de l'Observatoire d'orientation et certains représentants des ministères membres fondateurs du GIP sur le site du futur Musée-mémorial du terrorisme qui s’installera à l’horizon 2030 dans une partie inoccupée de la caserne Lourcine, dans le 13ᵉ arrondissement de Paris. Cette visite fait suite à l'annonce du président de la République en novembre 2025, qui a officialisé le choix de ce lieu emblématique pour accueillir le futur établissement.