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Edito

Novembre 2023

Le dernier numéro de l’année 2023 de notre lettre d’information est édité dans un contexte bien particulier.

Novembre est, par tradition, le mois du souvenir, celui de tous les morts et celui de la Grande guerre. Il l’est plus encore avec la commémoration des attentats du 13 novembre 2015, à laquelle plusieurs membres de la mission de préfiguration ont participé aux côtés des victimes.

Novembre 2023 n’a pas été seulement un moment de mémoire mais aussi une brusque irruption du tragique de l’histoire. Il a été bouleversé par l’écho de la sidération provoquée par des nouvelles actions terroristes islamistes d’une ampleur inédite. Le 7 octobre, le Hamas, commettait en Israël l’un des pires crimes de masse du conflit du Proche-Orient, entraînant la mort de près de 1500 personnes, en grande majorité des civils, parmi lesquelles plus de quarante de nos compatriotes. C’est l’un des crimes antisémites les plus graves depuis 1945 et un nouvel attentat dans la longue liste ayant touché la France et les Français. Cette action terroriste a entraîné une violente riposte de l’armée israélienne d’une ampleur elle aussi inédite, et qui a coûté et coûte encore la vie à plusieurs milliers de civils palestiniens. Nous voyons à l’œuvre une fois de plus le cycle attentats/représailles qui scande l’histoire du terrorisme.

Quelques jours plus tard, le 13 octobre, Dominique Bernard, professeur de philosophie dans un lycée à Arras était assassiné par un terroriste islamiste, provoquant un nouveau choc à l’échelle nationale et dans la communauté éducative, trois jours avant la commémoration de l’assassinat de Samuel Paty, en 2020. C’est la troisième fois depuis l’attaque qui a touché l’établissement juif d’Ozar Hatorah, à Toulouse, en 2012, qu’une école française est visée en tant que telle par un acte terroriste.

Le Musée-mémorial a exprimé sur son site son soutien aux victimes et à ceux que de tels événements touchent de plein fouet dans leur identité personnelle ou professionnelle, en particulier les enseignants et les élèves des lycées et collèges avec lesquels il entretient des liens étroits. Il a réaffirmé et continue de le faire plus que jamais que, dans un tel contexte, l’idée d’un lieu non seulement d’hommage et de mémoire, mais aussi d’information, d’analyse, de sensibilisation et d’échanges sur des sujets aussi sensibles et clivants, est une impérieuse nécessité civique.

Dans les pages qui suivent, vous trouverez des informations sur l’avancement des travaux du futur Musée-mémorial. L’avant-projet de restauration de l’ancienne école de plein air de Suresnes, menée par Pierre-Antoine Gatier, architecte en chef des monuments historiques, est en voie de finalisation. La coopération avec le ministère de la Culture, maître d’ouvrage, est désormais permanente, notamment par le suivi rigoureux assuré par le service des musées de France et par l’OPPIC (Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la Culture), fidèle partenaire de la mission.

De même, le début de la mise en place de la scénographie est prévu d’ici la fin de l’année, à la suite du concours qui a permis, le 20 octobre, de choisir l’équipe qui va concevoir, avec la mission de préfiguration, la future exposition permanente. Quelques exemples d’acquisitions du pôle des collections figurent d’ailleurs dans ce numéro. C’est une autre avancée décisive dans la réalisation du projet.

Enfin, le groupe de travail consacré à la conception du futur mémorial (présenté dans une précédente lettre d’information) et qui se réunit avec les associations de victimes, a franchi une nouvelle étape grâce à la finalisation de son cahier des charges, un élément central des travaux d’aménagement du site de Suresnes.

Cette lettre présente également ce que le MMT peut offrir à ses publics. Le témoignage de Mostafa Salhane, rescapé de l’attentat du 11 décembre 2018 au marché de Noël de Strasbourg, dont l’investissement dans la création artistique lui a permis de se reconstruire, atteste de l’espoir que suscite l’art-thérapie, une tendance qui intéresse de près le MMT.

De même, dans le registre scientifique, Gérôme Truc et Jenny Raflik, les deux responsables de la recherche au sein de la mission, exposent ici leurs travaux et réflexions sur la manière dont l’histoire et les autres sciences sociales permettent de mieux comprendre les processus à l’œuvre dans le terrorisme pris dans une longue durée. Avec d’autres membres de la mission, ils ont participé aux derniers Rendez-vous de l’histoire de Blois, la très populaire vitrine de la production historique en France.

Parmi les projets de 2024, dans le cadre de sa politique de coopération internationale, le MMT va mettre en place un séminaire réunissant notamment les autres musées comparables dans le monde, presque tous partenaires du MMT, en particulier l’Oklahoma City National Memorial and Museum, premier musée au monde consacré à un attentat terroriste, et dont nous présentons ici les activités.

Enfin, le MMT a mis en ligne, le 30 septembre dernier, la deuxième édition de son exposition pédagogique. Les élèves et enseignants y font montre d’un investissement et d’une créativité tout aussi intense que lors de la précédente — une lueur pour l’avenir.

Henry Rousso
 

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Déplacement sur les lieux du futur Musée-mémorial du terrorisme à la caserne Lourcine
Vue de la cour de la caserne Lourcine
Déplacement sur les lieux du futur Musée-mémorial du terrorisme à la caserne Lourcine

Le jeudi 29 janvier 2026, les équipes de la mission de préfiguration du Musée-mémorial du terrorisme ont accompagné les membres du Conseil scientifique et culturel ainsi que ceux de l'Observatoire d'orientation et certains représentants des ministères membres fondateurs du GIP sur le site du futur Musée-mémorial du terrorisme qui s’installera à l’horizon 2030 dans une partie inoccupée de la caserne Lourcine, dans le 13 arrondissement de Paris. Cette visite fait suite à l'annonce du président de la République en novembre 2025, qui a officialisé le choix de ce lieu emblématique pour accueillir le futur établissement.