Le 24 mai 2024, Federica Fratagnoli et Esteban Peña Villagrán se sont rendus dans les locaux de la mission de préfiguration du Musée-mémorial du terrorisme afin de faire don d’une œuvre de leur création, réalisée en lien avec l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice. Les deux artistes, en collaboration avec la réalisatrice Sylvia Paggi, avait auparavant réalisé le film « Le souffle de vie », montrant une danse hommage réalisée très peu de temps après l’événement.
Dimensionnée de 130 centimètres sur 250, l’œuvre se démarque par un travail sur deux faces. Sur l’une d’elle, la partie supérieure donne à voir, de façon immédiatement reconnaissable, la Promenade des Anglais de Nice, réalisée par un travail de tissage et de patchwork dans des couleurs chaudes et vives. Au niveau de la mer, se déploient des figurines de forme humaine semblant s’envoler, évocation des victimes de l’attentat. La partie inférieure, quant à elle, présente un fin tissu blanc émaillé sur lequel s’étend un réseau de fils et de feutrine rouges, à la manière d’artères écarlates se déployant. L’œuvre présente les lieux emblématiques de Nice comme le Negresco, la Promenade des Anglais et le bord de mer. Sur l’autre face, l’œuvre présente le drapeau mapuche, un peuple autochtone du Chili, rappelant l’histoire du pays d’origine d’Esteban.
La volonté des artistes, présents sur la Promenade des Anglais le soir de l’attentat, était de créer une œuvre faisant référence à l’imaginaire et à l’art naïf, brut, comportant de façon évidente de nombreuses influences sud-américaines. Le travail du tissu lui-même est un rappel direct du travail de tissage que pratiquaient les femmes chiliennes, les « arpilleras », terme désignant un tissu cousu reprenant les événements du quotidien et dans lequel les Chiliennes cachaient des messages écrits afin de faire circuler des informations sous la dictature militaire d’Augusto Pinochet. Le tissu, par la technique employée, raconte ainsi une histoire, celle de la transgression et de la subversion féminine. Cette tradition d’assemblées de femmes réunies autour de la couture reste, aujourd’hui encore, largement pratiquée.
Unique dans les collections du MMT, cette œuvre se démarque notamment par l’ambition d’en faire une création évolutive, dans laquelle l’on pourrait déposer des mots ou des photographies. L’œuvre pourrait s’inscrire ainsi dans un futur projet pédagogique où elle serait manipulée, participative et demeurerait ainsi vivante, destinée à évoluer dans le temps. Une telle manipulation devrait néanmoins rester un acte qui ne nuirait pas à la bonne conservation de l’œuvre et pourrait être encadrée par les artistes eux-mêmes lors de journées dédiées.
Par sa double évocation à la dictature chilienne et à l’attentat niçois, par le biais d’une technique faisant écho au travail de couture de femmes Chiliennes résistantes, l’œuvre se conçoit ainsi comme luttant contre l’oubli et l’oppression, porteuse d’un discours international, rappelant que la nationalité des 86 victimes des attentats du 14 juillet était très diversifiée.
Le jeudi 29 janvier 2026, les équipes de la mission de préfiguration du Musée-mémorial du terrorisme ont accompagné les membres du Conseil scientifique et culturel ainsi que ceux de l'Observatoire d'orientation et certains représentants des ministères membres fondateurs du GIP sur le site du futur Musée-mémorial du terrorisme qui s’installera à l’horizon 2030 dans une partie inoccupée de la caserne Lourcine, dans le 13ᵉ arrondissement de Paris. Cette visite fait suite à l'annonce du président de la République en novembre 2025, qui a officialisé le choix de ce lieu emblématique pour accueillir le futur établissement.