Images des victimes : réconcilier dignité humaine et liberté d’expression

Colloque organisé par la Délégation interministérielle à l’aide aux victimes

Le 17 octobre 2024, la Délégation interministérielle à l’aide aux victimes a organisé un colloque sur le thème « Images des victimes : réconcilier dignité humaine et liberté d’expression », réunissant des victimes, des familles et différents experts, journalistes, professeurs de communication, psychologues.

Peut-on tout montrer ? Quel impact les images peuvent-elles avoir sur la vie des victimes, leurs familles, leur avenir ? Quel effet sur ceux qui les regardent et particulièrement les plus jeunes ?

Autant de questions que l’on doit se poser alors qu’après presque chaque attentat ou autre évènement tragique, des victimes, des familles témoignent de leur incompréhension, de leur colère et parfois de leur souffrance face à une médiatisation qu’elles n’ont pas choisie et qui trop souvent leur échappe complètement.

La matinée a commencé par les témoignages très forts d’une victime du Bataclan et de cinq familles de victimes qui ont perdu un proche dans des attentats, des fusillades et même lors d’un féminicide. Outre la violence de l’événement et du choc traumatique qu’elles ont subie, elles avaient toutes en commun d’avoir dû faire face, immédiatement après l’annonce, voire, pour certaines presque avant, à « l’assaut » des médias. Des questionnements, des interviews, des images quelques fois même volées, qu’elles ont toutes vécues comme une intrusion, se sentant, souvent, dépossédées de leur propre image, de leur douleur.

La première question qui leur vient alors à l’esprit, quand elles découvrent ces photos ou quand elles cherchent à esquiver les médias pour garder un peu de leur intimité, protéger leur douleur, c’est pourquoi ? Pourquoi la presse s’acharne-t-elle ? Pourquoi, cherche-t-elle à voler des photos, des renseignements personnels qui n’apporteront rien au grand public, à son lectorat, à son téléspectateur ? 

Si toutes les histoires sont différentes, certains ayant réussi à se protéger davantage que d’autres, tous sont d’accord  pour affirmer : « il faut nous laisser avec notre souffrance. Informez, oui, mais ne faites pas du sensationnalisme sur notre dos. Respectez-nous, respectez notre douleur, laissez-nous nous réapproprier notre vie », tels ont été les souhaits exprimés par les victimes présentes à cette table ronde.

Après les témoignages émouvants et bouleversants, est venu le temps du débat et de l’échange entre spécialistes. 

D’après les différents récits, il apparait une nette opposition entre d’un côté les victimes, leur vécu et leur ressenti et de l’autre le monde des médias avec ses objectifs, ses méthodes. Or, il ne faut pas cliver ces deux aspects, car si les victimes ont besoin de se retrouver, d’être respectées dans leur douleur, les journalistes ont également besoin d’informer ceux qui n’étaient pas présents. Toute la difficulté réside majoritairement dans la temporalité, car le temps des médias n’est pas réglable sur le temps psychique.

Pour pouvoir concilier ces deux temporalités, d’après un psychologue qui intervient très souvent lors de ces événements traumatiques, il faut pouvoir sanctuariser les postes d’urgence médico-psychologique et autres centres d’accueil des impliqués), afin que ces endroits restent des lieux de soin, hors du temps, car les victimes qui y sont présentes ne sont peut-être pas en état de témoigner, ne le souhaitent pas ou veulent seulement un moment de répit. Néanmoins, il est important d’informer, c’est pourquoi la création d’une zone médias, loin des espaces d’accueil et de soins peut être une bonne solution pour permettre aux personnes qui le souhaitent et uniquement à celles-ci de témoigner. Quoiqu’il en soit l’anonymat et la volonté des victimes doivent être absolument respectés.

Si tous les professionnels présents (journalistes, avocats, corps médical, association de victimes…) sont d’accord sur le fait qu’il existe une liberté de la presse, une liberté d’informer qu’il faut respecter, ils insistent également sur le respect de règles déontologiques que tout media devrait suivre, même si dans la réalité, ce n’est pas toujours le cas. Il faut certes rendre compte des faits, mais toujours en vérifiant et recoupant ses sources afin d’éviter la fausse information qui peut atteindre la victime  et ses proches irrémédiablement. 

Différents points ont également été soulignés comme le respect des victimes, aller les interviewer, oui, mais en ayant obtenu leur consentement éclairé, au moment opportun et en ayant toujours à l’esprit qu’elles ont vécu un drame. Il faut savoir respecter la tristesse et le deuil des victimes, ainsi les obsèques relèvent, de l’avis de tous, de la vie privée et n’apportent rien à la connaissance du grand public, tout comme l’identité qui ne doit pas non plus être la quête absolue du journaliste. L’anonymat, dans de nombreux drames, est préférable pour la reconstruction des victimes et n’est pas nécessaire au grand public pour comprendre les enjeux de ce qui vient de se passer. Malheureusement, tous les médias ne respectent pas ces règles et les réseaux sociaux qui sont utilisés par tout le monde s’en exemptent trop facilement.

Mais faut-il légiférer pour autant ? Sans doute pas, car cela restreindrait la liberté de la presse, ce qui est difficilement concevable dans une démocratie. Mais, le respect des victimes est l’affaire de tous, c’est la responsabilité des journalistes mais aussi la nôtre, en refusant par exemple de cliquer sur certains contenus, de visionner certains liens, pour ne pas ajouter du malheur au drame.

Un grand merci aux équipes de la Diav qui ont organisé ce colloque, permettant de réfléchir sur un sujet particulièrement délicat, qui consiste à faire cohabiter liberté de la presse et d’information avec respect des victimes, de leur vie privée et de leur traumatisme. Un sujet qui nous touche tous et doit nous faire réfléchir, à l’heure des réseaux sociaux et de l’information en temps réel.


 

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