Béatrice de Lavalette, championne de para-équitation suite à l’attentat de l’aéroport de Bruxelles.
Béatrice avait 17 ans et toute la vie devant elle. Passionnée de sports, Béatrice de Lavalette, jeune franco-américaine vivant sur la côte-ouest des Etats-Unis, rêvait de devenir sportive professionnelle. Son choix n’était pas tout à fait définitif, elle hésitait footballeuse professionnelle, championne d’athlétisme ou pourquoi pas l’équitation, mais là c’était plus un hobby. Seulement, en ce matin du 22 mars 2016, sa vie va basculer.
Que se passe-t-il le 22 mars 2016 ?
J’attends mon avion à l’aéroport de Zaventem en Belgique, pour rentrer chez moi, quand soudain, une explosion, je suis projetée par terre. Très vite, je comprends, un terroriste vient de se faire exploser à moins de 30 mètres, tous les gens autour de moi sont morts. Je suis la seule à avoir survécu, à proximité de l’homme, mais personne ne me voit. Je suis « tagguée rouge », je ne suis donc pas prioritaire pour être sauvée, mais je veux vivre, alors inconsciemment je me bats car je suis seule face à la mort ou à la vie. Je choisis la vie, je crie, enfin j’essaie et je lève le bras pour attirer l’attention. Enfin, on vient me sauver, on m’évacue, on me sort de l’aéroport, je vois le ciel bleu. C’est comme la délivrance, je sais que j’ai gagné, et à peine dehors je m’évanouis et je ne me souviens plus de rien.
Et après ?
Après, c’est seulement 10 jours plus tard, quand je me réveille à l’hôpital. Là, plus rien n’est comme avant, je suis brûlée sur plus de 35% du corps et j’ai perdu l’usage de mes deux jambes qui vont être amputées jusqu’aux genoux. Tout s’est arrêté brutalement puis l’ambassadrice des Etats-Unis en Belgique est venue me voir sur mon lit d’hôpital, je lui ai parlé de mes rêves brisés de sportive, et elle m’a parlé des paralympiques, les prochains étaient alors à Tokyo. Pourquoi pas ?
Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous battre ?
Très rapidement, je me suis fixée des objectifs, car je suis d’un naturel combattif. Je voulais retourner à l’école et pourtant je n’aimais vraiment pas ça, mais je voulais y retourner pour recevoir, avec mes amis, mon diplôme et je voulais le recevoir debout, comme les autres. Puis, je voulais également aller aux paralympiques de Tokyo. J’ai tout réussi, cela a été dur, il a souvent fallu que je me batte contre moi-même, que je « me secoue » pour ne pas me laisser aller. Mais après tout, certes, j’ai été victime d’un attentat mais je ne suis pas la seule.
Pourquoi avoir choisi la para-équitation et pas une autre discipline ?
Nous avions un cheval, et quand je suis sortie de l’hôpital, au bout de quatre mois, avec ma mère, on a été voir ma jument. Et, là, j’ai su que j’allais remonter. Mais il m’a fallu tout réapprendre et ma jument s’est adaptée aussi à sa « nouvelle » cavalière. Et, ensemble, très vite, on a tout recommencé, puisque 5 mois après l’attentat, je remontais et 1 an après, je gagnais mon premier concours au Haras de Jardy. Et, puis j’ai enchaîné les compétitions nationales et internationales pour les Etats-Unis, au sein de l’équipe nationale.
2024 est une année particulière pour le sport et l’handisport français et pour vous ?
Oui, cela aurait dû être magique, concourir là où j’ai grandi, puisque j’ai passé mes plus jeunes années à Versailles, était un rêve. Malheureusement, mon cheval n’était pas en forme à cause d’un régime inadapté, je n’ai donc pas été sélectionnée. Alors évidemment je suis un peu déçue, car je suis sûre que si j’avais participé, j’aurai gagné. Alors, direction et préparation Los Angeles 2028, maintenant.
Je suis quand même très contente, car j’ai eu l’honneur de porter la flamme olympique à Dijon, je suis la seule para-athlète franco-américaine à l’avoir fait.
Et pour conclure ?
Que vous dire, si ce n’est que tous les jours, je me bagarre avec moi-même, pour réussir. Ce n’est pas simple, il faut faire des efforts, mais c’est comme cela. Ça s’est passé, on ne peut rien y faire et ce n’est pas ça qui va m’arrêter. Moi, je veux gagner mes compétitions et après monter ma boite d’équipements sportifs pour handicapés. Il faut des buts dans la vie, et surtout ne pas s’arrêter de vivre, y penser tous les jours, ça ne sert à rien. Il faut regarder l’avenir avec espoir et confiance, même si cela peut être difficile.
Témoignage recueilli par le MMT
Le jeudi 29 janvier 2026, les équipes de la mission de préfiguration du Musée-mémorial du terrorisme ont accompagné les membres du Conseil scientifique et culturel ainsi que ceux de l'Observatoire d'orientation et certains représentants des ministères membres fondateurs du GIP sur le site du futur Musée-mémorial du terrorisme qui s’installera à l’horizon 2030 dans une partie inoccupée de la caserne Lourcine, dans le 13ᵉ arrondissement de Paris. Cette visite fait suite à l'annonce du président de la République en novembre 2025, qui a officialisé le choix de ce lieu emblématique pour accueillir le futur établissement.