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Rencontre avec deux personnalités d'exception

L'interview d'Olivier Christen
  • En tant que Procureur national antiterroriste, quel regard portez-vous sur le projet de création d’un Musée-mémorial du terrorisme ?

L’année 2025 est pour le terrorisme, celle des commémorations des attentats les plus graves qui aient frappé notre territoire. Notamment celles des attaques commises contre la rédaction de Charlie Hebdo, de Montrouge et de l’Hyper Kasher. Celles des attentats du 13 novembre bien sûr, devenus, avec ceux de Bruxelles ensuite, le symbole pour l’Europe occidentale de la barbarie de l’Etat islamique. Ces faits sont dans notre Histoire contemporaine, et je me félicite de la décision de poursuivre la création du Musée-mémorial du Terrorisme, essentiel pour se souvenir, expliquer, comprendre, prévenir aussi.

J’avais été comme beaucoup de ceux qui l’ont visité à New York, très frappé par le musée-mémorial des attentats du 11 septembre 2001. Il est pour moi essentiel que soit porté en France un projet de la même ambition. Le parquet national antiterroriste (PNAT) s’est ainsi pleinement associé à l’identification des éléments issus des scellés ou documents qui pouvaient être versés aux collections du musée, ainsi qu’à la définition du cadre juridique utile pour ce faire.

Je trouve enfin très intéressant que le projet soit de couvrir tous les types de terrorisme qui ont frappé notre pays, nos concitoyens, quel que soit le segment idéologique. C’est un élément de complexité de l’approche qui fait honneur aux concepteurs du Musée de Suresnes. 

  • Vous avez découvert en octobre 2024, l’exposition pédagogique des lycéens et collégiens exposée à la cour d’appel de Paris, quelles impressions et souvenirs en avez-vous tirés ?

Je garde en mémoire la richesse d’expression et de représentation d’attentats terroristes, via différents media, par des collégiens et lycéens qui n’étaient souvent pas nés à l’époque des faits qu’ils ont figurés.

Comme je vous l’indiquais, je suis convaincu que si l’on veut prévenir, il faut expliquer, permettre aux plus jeunes générations de comprendre que les faits de terrorisme ne sont pas des faits divers, qu’ils portent atteinte aux fondements les plus profonds de notre pacte social et pour des jeunes européens, de notre démocratie occidentale, et ce quel que soit le territoire où ils sont commis, les victimes qui sont ciblées.

La force, l’intensité de certains des travaux présentés et l’engagement qui en ressort de la part des collégiens et lycéens qui s’y sont investis m’ont beaucoup impressionné. J’espère que ces travaux seront présentés à Suresnes.  

  • Qu’attendez-vous du MMT par rapport à la création du PNAT en 2019, comment l’évoquer et sous quel angle ?

L’évolution de la législation antiterroriste, de la suppression de la Cour de sureté de l’Etat à la création du parquet national antiterroriste en 2019 en passant bien sûr par le pilier que représente toujours aujourd’hui la loi du 9 septembre 1986, sont essentiels pour comprendre la réponse de la société au terrorisme, comment la perception de celui-ci a évolué en 40 ans d’une atteinte à la sécurité publique à une atteinte à la sûreté nationale.

Dans ce cadre général, la place de l’autorité judiciaire est essentielle car elle est l’expression de l’inscription de la lutte antiterroriste dans l’Etat de droit. Je crois ainsi que le musée-mémorial devra présenter cette thématique qui peut sembler technique, trop juridique, mais qui participe de la compréhension de l’ensemble des enjeux que représentent le terrorisme et la lutte contre celui-ci.

  • La France consacre une part importante à la mémoire des grands procès historiques grâce à leur enregistrement, quelle est leur portée mémorielle ?

En application des dispositions des articles L221-1 et L221-3 du code du patrimoine, les audiences publiques devant les juridictions judiciaires peuvent faire l'objet d'un enregistrement audiovisuel ou sonore lorsque cet enregistrement présente un intérêt pour la constitution d'archives historiques de la justice.  En cas de procès pour actes de terrorisme, l’enregistrement est de droit s’il est demandé par le ministère public. Dans ce cadre, le PNAT a requis depuis sa création l’enregistrement historique des grands procès tenus en matière terroriste, en suite des attentats commis en France au cours de l’année 2015.  Ces enregistrements ont une portée mémorielle significative :

  • Ils assurent la constitution d’archives historiques préservant les témoignages, les preuves et les débats judiciaires pour les générations futures, permettant une compréhension approfondie des évènements et des contextes ;
  • Ils garantissent la transparence du processus judiciaire, et renforcent ainsi la confiance dans les institutions judiciaires ;
  • Ils seront probablement utilisés à des fins éducatives et de recherche, et constituent en conséquence des ressources précieuses pour les historiens, les juristes et les chercheurs étudiant le terrorisme, ses causes et ses conséquences ;
  • En documentant les mécanismes de radicalisation et les stratégies terroristes, ces enregistrements participeront enfin du développement des axes de prévention.

 

  • La salle des grands procès va être démantelée en mars 2025, le MMT va récupérer une partie des objets emblématiques (barre des témoins, balance de la justice, lettres lumineuses indiquant la salle d’audience, bancs …), qu’en pensez-vous ?

Je me réjouis que ces différents objets emblématiques puissent rejoindre le MMT, être vus du plus grand nombre et par les générations futures, et continuer ainsi de traduire ce qu’aura été l’investissement judiciaire dans la répression des infractions terroristes les plus graves qu’ait connu notre territoire depuis les années 2000, et dans l’accompagnement des victimes de ces infractions.

Ces procès ont été suivis dans le Monde entier et ont représenté ce qu’un pays attaché au respect des principes de l’Etat de droit comme l’est la France peut déployer pour toujours garantir un procès équitable, respectueux des droits de chacun quel qu’aient été les faits. C’est donc important d’en garder une trace. Et pour faire écho à ce que je vous disais sur le PNAT, ces objets seront aussi une représentation matérielle, concrète de ce qu’est la Justice. C’est utile dans un musée !  

  • L’année 2025, commémore les attentats de 2015, une année particulièrement meurtrière, puisque 8 attaques ont eu lieu durant cette période, comment l’activité judiciaire participe-t-elle à l’œuvre de mémoire ?

Les grands procès en matière terroriste ont une portée mémorielle significative, à la fois sur le plan individuel et collectif, permettant l’établissement d’une vérité judiciaire après examen des faits, des preuves, la détermination des responsabilités et la reconnaissance de la qualité de victime. Ces grands procès contribuent ainsi à la construction d’une mémoire collective, ce qui est essentiel à la compréhension historique des évènements. Ils attestent enfin de l’engagement de la société, de manière générale, et de l’institution judiciaire, en particulier, à lutter contre le terrorisme et à protéger les valeurs démocratiques.  

Photo d'Olivier Christen, le procureur national antiterroriste
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Déplacement sur les lieux du futur Musée-mémorial du terrorisme à la caserne Lourcine
Vue de la cour de la caserne Lourcine
Déplacement sur les lieux du futur Musée-mémorial du terrorisme à la caserne Lourcine

Le jeudi 29 janvier 2026, les équipes de la mission de préfiguration du Musée-mémorial du terrorisme ont accompagné les membres du Conseil scientifique et culturel ainsi que ceux de l'Observatoire d'orientation et certains représentants des ministères membres fondateurs du GIP sur le site du futur Musée-mémorial du terrorisme qui s’installera à l’horizon 2030 dans une partie inoccupée de la caserne Lourcine, dans le 13 arrondissement de Paris. Cette visite fait suite à l'annonce du président de la République en novembre 2025, qui a officialisé le choix de ce lieu emblématique pour accueillir le futur établissement.