Deux chaises et une table de bistrot, des objets du quotidien qui sont le symbole de la joie de vivre, des sorties entre amis sur une terrasse au soleil. Et pourtant, ici, elles nous rappellent avec force les événements du 13 novembre 2015, au restaurant La Belle Équipe, 92 rue de Charonne, dans le XIe arrondissement de Paris. Ce jour-là, 21 personnes y ont trouvé la mort. Ces objets, à forte charge émotionnelle, Grégory Reibenberg, le patron de la Belle Équipe, en a fait don au MMT.
Pourquoi avoir voulu donner ces objets au MMT ?
Ces chaises, cette table mais aussi le panneau « Des heures heureuses », je les ai gardés, car ils portaient les stigmates de ce qui c’était passé ce soir-là. Mais pourquoi ? Je ne savais pas vraiment. Pour moi c’était important, car cela avait un sens, cela représente ce que l’on a vécu collectivement, cela exprime tellement Paris, la France. Tout est dit, dans ce panneau « les heures heureuses » troué de balles.
Ces objets qui portaient les traces de ce qu’on avait vécu avaient un signifiant extrêmement fort, d’ailleurs ils ne m’appartenaient plus, ils appartenaient à la France, à notre destin commun. C’était symboliquement fort, alors quand j’ai entendu parler du musée, pour moi, c’était une évidence de le donner, c’était leur place à ces objets.
Même si je dois vous avouer qu’au début, je ne comprenais pas trop pourquoi un musée, mais c’est bien. Cela a un sens et c’est important pour les gens qui en ont besoin, c’est important que l’Etat prenne en charge la mémoire de ces événements tragiques et de ceux qui sont malheureusement partis.
Et, vous vous avez perdu de nombreux proches dans cet attentat, comment l’avez-vous vécu, personnellement ?
J’ai perdu des amis, mon associé, ma compagne, la mère de ma fille. Mais, quand on a une petite fille de 8 ans, on ne peut pas, même si c’est difficile, baisser les bras. Alors, je me suis battu, j’ai, par exemple, reconstruit La Belle Équipe, en 4 mois. Je dis bien reconstruit, car j’ai tout démoli et tout refait, je ne voulais pas que les gens viennent et se disent « c’est là, c’est à cet endroit qu’il était assis quand c’est arrivé », alors j’ai changé le bar de place, les banquettes. Il fallait que la Belle Équipe revive mais différemment. Pour avancer, pour ma fille, j’ai refait des projets.
Par exemple, j’ai écrit un livre et j’en suis fier, car avec des mots, que j’espère intelligent, j’ai pu exprimer ce que je ressentais. Écrire c’est utile, tellement plus utile que la haine ou la violence. J’ai commencé à écrire, après l’enterrement de ma compagne, le 23 novembre. Je rentrai de celui-ci, avec ma fille, c’était la première fois que l’on se retrouvait vraiment seuls tous les deux, depuis ce funeste soir, on a beaucoup parlé et j’ai trouvé que c’était tellement beau ce que l’on s’était dit qu’il fallait que je le consigne. Et après l’avoir couchée, j’ai commencé à écrire, à tout raconter. Devant ce multi-drame qui venait m’accabler, j’ai trouvé refuge dans l’écriture, je suis, en quelque sorte, chanceux. J’ai écrit, relu, corrigé certains passages sur les conseils d’amis, relu encore et encore, puis j’ai pleuré de tristesse mais aussi d’émotions, de joie. Quand j’ai commencé à écrire, je ne le savais pas mais cela a été salvateur et en plus j’y ai pris gout, j’adore ça. Ce livre Une belle équipe, paru aux éditions Héliopoles a été pour moi très bénéfique, il m’a permis d’avancer malgré ce multi-drame, malgré ces 21 personnes mortes chez moi.
Écrire a été et est un réel bonheur et j’espère dorénavant pouvoir consacrer la moitié de mon temps à l’écriture.
Si vous deviez rajouter quelque chose, pour finir ?
Juste, ne jamais oublier que le 13 novembre, c’est certes le Bataclan, mais c’est aussi tous les autres lieux, les terrasses et notamment la mienne. C’est tellement douloureux, quand les gens, et surtout les journalistes, disent les attentats du Bataclan du 13 novembre.
Propos de Grégory Reibenberg, recueillis par le MMT
Le jeudi 29 janvier 2026, les équipes de la mission de préfiguration du Musée-mémorial du terrorisme ont accompagné les membres du Conseil scientifique et culturel ainsi que ceux de l'Observatoire d'orientation et certains représentants des ministères membres fondateurs du GIP sur le site du futur Musée-mémorial du terrorisme qui s’installera à l’horizon 2030 dans une partie inoccupée de la caserne Lourcine, dans le 13ᵉ arrondissement de Paris. Cette visite fait suite à l'annonce du président de la République en novembre 2025, qui a officialisé le choix de ce lieu emblématique pour accueillir le futur établissement.