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11-Septembre, des collections pour la pédagogie

modifié le
10 septembre 2026

Bien que prioritairement consacrées à l’histoire des attentats ayant frappé le territoire français, les collections du futur Musée-mémorial du terrorisme intègrent également des ensembles documentaires et patrimoniaux relatifs à des événements terroristes internationaux. À ce titre, la portée historique, politique et mémorielle des attentats du 11 septembre 2001 justifie pleinement la présence d’objets et d’archives associés à cet événement au sein des collections de l’institution.

Dessin réalisé par un élève français après le 11 septembre 2011 représentant un oiseau blanc décoré d'un arc-en-ciel
Don de l'ambassade des Etats-Unis en France. Collections du GIP MMT

Dessins d’écoliers

L’expression enfantine face à l’événement terroriste

Parmi les ensembles les plus originaux conservés par le Musée-mémorial du terrorisme figure un important don effectué en 2022 par l’ambassade des États-Unis d’Amérique en France. Cet ensemble comprend plus de deux cents enveloppes contenant plus de deux mille dessins réalisés par des enfants français dans les jours et les semaines ayant suivi les attentats du 11 septembre. Ces productions graphiques, envoyées spontanément ou dans le cadre d’initiatives scolaires à destination de l’ambassade américaine, constituent aujourd’hui une source exceptionnelle pour l’étude des réactions sociales à un événement traumatique global

Produits dans l’immédiateté de la catastrophe, ces dessins documentent les mécanismes d’appropriation de l’événement par de très jeunes individus souvent éloignés des enjeux géopolitiques sous-jacents. Ils permettent d’observer comment l’enfance mobilise des formes symboliques simples pour donner sens à une violence difficilement intelligible. Les représentations récurrentes des tours jumelles, des avions, des drapeaux français et américains, des colombes de la paix, des cœurs ou encore des messages de solidarité témoignent de l’existence d’un répertoire iconographique partagé à travers lequel s’expriment compassion, inquiétude et espoir.

Cette collection éclaire également la question de l’impact psychologique du terrorisme sur les jeunes générations. Alors même qu’ils n’étaient pas directement exposés à la violence de l’attaque, les enfants français ont été confrontés à un flux continu d’images spectaculaires diffusées par les médias audiovisuels. Les dessins révèlent ainsi des phénomènes de sidération, mais aussi des processus de résilience et de mise en récit permettant de transformer l’émotion en expression créatrice. En cela, ils constituent des témoignages précieux de la manière dont les sociétés élaborent collectivement une réponse à la violence terroriste.

Enfin, ces dessins soulignent la dimension profondément internationale des réactions suscitées par le 11 septembre. Loin de se limiter à une réponse institutionnelle ou diplomatique, l’élan de solidarité observé dans ces productions témoigne de l’émergence d’une communauté émotionnelle transnationale. À travers ces milliers de dessins, c’est la construction spontanée d’un lien symbolique entre enfants français et victimes américaines qui se donne à voir. Conservés aujourd’hui dans un musée-mémorial consacré au terrorisme, ces documents rappellent que l’histoire de tels événements s’écrit aussi au travers des gestes ordinaires de citoyens anonymes, y compris les plus jeunes.

Une du Journal Le Monde au lendemain des attaques du 11 septembre 2011
Une du journal Le Monde datée du 13 septembre 2001. Collections du GIP MMT

Journaux et documents de presse 

Documenter la médiatisation mondiale du terrorisme

Les collections du Musée-mémorial du terrorisme accordent également une place importante à la presse écrite et aux productions médiatiques. Depuis plusieurs années, l’institution constitue un corpus représentatif de journaux français et étrangers relatifs aux principaux attentats contemporains. Les éditions consacrées aux attaques du 11 septembre 2001 y occupent une place centrale de par leur valeur documentaire exceptionnelle.

Les unes publiées dans les heures et les jours qui suivent l’effondrement des tours du World Trade Center constituent aujourd’hui des archives majeures pour l’histoire culturelle et médiatique du terrorisme. Elles permettent de saisir la manière dont les sociétés ont perçu, interprété et mis en récit l’événement. Les formulations employées, les choix iconographiques, la hiérarchisation des informations ou encore les variations nationales dans la couverture journalistique révèlent l’ampleur de la rupture représentée par le 11 septembre dans les imaginaires contemporains.

Au-delà de leur intérêt historique, ces documents permettent d’interroger un aspect fondamental du terrorisme moderne : sa relation étroite avec les médias. Nombre de chercheurs soulignent en effet que les organisations terroristes recherchent une visibilité maximale afin d’amplifier les effets psychologiques de leurs actions, et les attentats du 11 septembre constituent à cet égard un cas de référence. L’effondrement en direct des tours a transformé un acte terroriste en événement planétaire, observé simultanément par plusieurs millions de personnes. L’image devient alors un vecteur essentiel de diffusion de la peur, de l’émotion et de la mémoire.

Cette problématique occupera une place importante au sein du futur parcours permanent du Musée-mémorial du terrorisme. Les documents de presse permettront notamment d’explorer les mécanismes de médiatisation de la violence, la circulation internationale des images, les effets de répétition visuelle ainsi que la construction des récits collectifs du terrorisme. Elles illustrent également l’évolution profonde des régimes informationnels au tournant du XXIe siècle, à un moment charnière où les chaînes d’information en continu et les réseaux sociaux contribuent à redéfinir l’expérience même de l’événement. Ainsi, ces journaux ne constituent pas uniquement des témoins du 11 septembre ; ils participent eux-mêmes à l’histoire de sa réception et de sa mémorialisation.

T-Shirt bleu marine avec la mention FDNY Engine 2 Ladder 1 encadré
Don de Jules Naudet. Collections du GIP MMT

Le tee-shirt de Jules Naudet 

Un objet-témoin au croisement de l’histoire, du documentaire et de la mémoire

Parmi les objets les plus saisissants conservés dans les collections figure le tee-shirt porté le 11 septembre 2001 par le réalisateur français Jules Naudet. Présent à New York avec son frère Gédéon pour réaliser un documentaire consacré à une caserne de pompiers de Manhattan, Jules Naudet est devenu l’un des rares témoins à filmer le premier impact contre la tour nord du World Trade Center. Les images qu’il enregistre ce matin-là constituent aujourd’hui l’un des documents audiovisuels les plus importants pour l’histoire des attentats.

Le tee-shirt donné au Musée-mémorial du terrorisme présente une dimension patrimoniale remarquable. Il conserve encore des traces matérielles de la poussière produite par l’effondrement des tours, poussière dont la toxicité a par la suite été largement documentée en raison des multiples substances qu’elle contenait. À travers cet objet ordinaire, c’est toute la matérialité de la catastrophe qui réapparaît. Contrairement aux archives écrites ou audiovisuelles, l’objet porte physiquement les marques de l’événement et permet une appréhension sensible de la violence des faits.

L’intérêt muséographique du tee-shirt réside également dans sa capacité à incarner le rôle des témoins. Le documentaire réalisé par les frères Naudet a contribué de manière décisive à la construction de la mémoire visuelle du 11 septembre. Loin d’être un simple vêtement, l’objet devient ainsi le support matériel d’un récit documentaire et d’une expérience humaine exceptionnelle. Il témoigne de la proximité immédiate avec l’événement, de l’exposition au danger et des conséquences durables qu’une telle expérience peut avoir sur les individus.

Enfin, la présence de cet objet dans les collections rappelle la dimension franco-américaine du 11 septembre. Si les attentats ont frappé les États-Unis, leurs conséquences ont concerné de nombreux pays, dont la France. Des ressortissants français ont perdu la vie dans les attaques, tandis que plusieurs journalistes, secouristes ou professionnels français ont participé à la couverture ou à la gestion de leurs conséquences. À travers le parcours de Jules Naudet, le musée met ainsi en évidence la manière dont un événement global s’inscrit dans des trajectoires individuelles et nationales multiples. Ce vêtement devient alors un véritable objet-témoin entre histoire personnelle, mémoire collective et patrimoine du terrorisme contemporain.