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Fleurs et drapeaux américains déposés sur le bord de l'un des bassins de à Ground Zero gravé de noms de victimes

New York, 25 ans après : au cœur des commémorations du 11-Septembre

modifié le
16 septembre 2026

Reportage d'Elisabeth Pelsez, directrice générale du MMT

Une semaine chargée d'émotion, de souvenirs collectifs, d'images qui reviennent en mémoire, portée par cette phrase que chacun reprenait : « 25 ans, déjà ». Chacun se remémorait précisément où il se trouvait et ce qu'il faisait le 11 septembre 2001 : le temps semblait aboli, tant ce moment historique reste inoubliable.

Nous avons vécu ces commémorations aux côtés de Kari Watkins, directrice du musée d'Oklahoma City, et de Lena Fahre, directrice du Centre du 22-Juillet à Oslo, dans un esprit de solidarité avec le Musée-mémorial du 11-Septembre, grand artisan d'un ensemble de manifestations auquel son directeur, Cliff Chanin, avait tenu à nous associer.

La marche des pompiers, en hommage à leurs 343 collègues

Ecusson commémoratif pour les 25 ans du 11-Septembre porté sur le bras droit d'un pompier français avec notamment la mention Never Forget
Marche des pompiers lors des commémorations du 11-Septembre

Dès le dimanche 6 septembre, une marche organisée par les pompiers de New York, partie de l'église Saint-François-d'Assise, a rendu hommage à leurs 343 collègues morts dans l'effondrement des tours jumelles, sans oublier les 60 membres des services de police également décimés.

Lors des arrêts devant plusieurs casernes de la ville, les noms des victimes étaient égrenés ; entre deux stations, une cloche immense, installée sur l'un des engins conduits par des pompiers en exercice, résonnait. Tout au long du parcours, un hommage particulier était rendu à l'aumônier des pompiers, le franciscain Father Mychal Judge, considéré comme la première victime de la tragédie : présent dans la tour nord au moment de son effondrement, il a été tué par un débris d'acier qui lui a brisé la nuque. Vénéré par la corporation des firefighters, sa dépouille a été portée par les sauveteurs jusqu'à l'église Saint-Patrick ; son souvenir, associé à une vie donnée au service de tous, reste extrêmement vif.

Dans la foule, nombreuse et recueillie, se trouvait une vingtaine de pompiers français venus en solidarité avec leurs collègues new-yorkais, certains ayant noué des partenariats avant même 2001 — une coopération qui n'a cessé de se développer depuis. Pour clore la marche, Sébastien Frémont, lieutenant-colonel et chef du service de prévention à l'ENSOSP, a offert un casque de pompier français à Lillian Bonsignore, 37ᵉ Fire Commissioner du Fire Department of New York, nommée à la tête de l'organisation par le maire en janvier dernier. Le 11 septembre 2001, elle était déjà engagée dans les secours portés aux victimes, dès les premiers instants.

Un dîner de mécénat autour de Michael Bloomberg

Le 9 septembre, un dîner de collecte de fonds a réuni 1 000 personnes autour de Michael Bloomberg, actuel président du conseil d'administration du Musée du 11-Septembre. Maire de New York de 2002 à 2013, il a connu toutes les étapes de la reconstruction de la ville : le projet du musée de Ground Zero, dont les portes se sont ouvertes en 2014 après l'inauguration du Mémorial en 2011. De nombreux membres du conseil d'administration ont perdu un proche dans les attentats. Des artistes tels que Bette Midler et Denzel Washington ont apporté leur soutien à la cause, plaidant pour une mémoire vive et pour l'engagement financier de chacun des convives. Le musée du 11-Septembre est en effet financé, pour l'essentiel, par des mécènes, ainsi que par la billetterie.

« In their honor », une exposition tout en retenue

Vue de la queue d'un phénix composé des dessins d'enfants
Exposition "In their Honor" inaugurée lors des commémorations des 25 ans du 11-Septembre - National 9/11 Memorial and Museum

La même semaine, le vernissage de l'exposition consacrée au 25ᵉ anniversaire au sein du musée a constitué une plongée dans le temps. Baptisée « In Their Honor » (« En leur honneur »), elle se veut sobre, tout en retenue, fondée sur des récits de vie choisis avec délicatesse pour dire ce que sont devenus les primo-intervenants, mais aussi les primo-aidants qui se sont dévoués auprès des victimes le jour de l'attentat, puis dans les années qui ont suivi. Le sens qu'ils ont donné à leur existence — orientée vers l'altruisme, le service, l'engagement au profit de la communauté — y est mis en lumière avec force, traduisant la détermination de chacun à refuser la fatalité et à se relever.

Les choix décisifs racontés sont innombrables : perpétuer le souvenir d'un père en devenant pompier à son tour, transmettre en devenant enseignant, poursuivre des réseaux de solidarité à travers le pays et le monde, créer des œuvres artistiques en mémoire de la tragédie. Se sentir debout et vivant en se mettant au service de la collectivité, en refusant la fatalité. Au centre de cette salle, relativement modeste mais entièrement conçue par les équipes du musée — y compris sur le plan de la conception, seules les réalisations ayant été confiées à des prestataires extérieurs —, trônait un vaste phénix composé des dessins d'enfants orphelins accueillis pendant des années dans un summer camp. Chaque plume correspondait à une œuvre individuelle ; un dispositif numérique permettait, pour chaque dessin, de découvrir le visage de l'enfant qui l'avait réalisé, son histoire, puis ses traits à l'âge adulte, accompagnés de la description de son engagement actuel. Véritable ode à la renaissance, cet immense oiseau, coloré, puissant et fragile à la fois, laissait les visiteurs saisis d'étonnement. Des assises en bois clair, arrondies et oblongues, permettaient à des groupes de se tenir ensemble devant l'œuvre, à l'image de ceux qui avaient contribué à sa réalisation.

Le 11 septembre 2026, au bord des bassins mémoriels

Fleurs et drapeaux américains posés sur les bassins mémoriels à Ground Zero
Ground Zero

Le 11 septembre 2026, à 8h46 précisément, débutait la commémoration sur l'immense esplanade qui entoure les deux bassins creusés à l'endroit même où s'élevaient les Twin Towers. À cette heure-là, vingt-cinq ans plus tôt, un premier avion percutait la tour nord ; peu après, un second ciblait la tour sud. Une sonnerie, accompagnée d'une minute de silence, marquait ces instants tragiques, ainsi que les deux autres attentats survenus à Washington, sur le Pentagone, et à Shanksville, en Pennsylvanie, là où s'était écrasé le quatrième avion. L'effondrement de la première puis de la seconde tour était marqué par le même cérémonial, qui entrecoupait la lecture des 2 977 noms par les familles, pendant environ quatre heures.

La présence de plusieurs anciens présidents des États-Unis et de leurs épouses — Bill Clinton, George W. Bush, Barack Obama, Joe Biden —, du vice-président JD Vance et du maire de New York Zohran Mamdani, soulignait le caractère exceptionnel de ce 25ᵉ anniversaire. Partout, les familles arboraient des tee-shirts personnalisés portant au dos les noms des défunts ; elles plaçaient une fleur, un ours en peluche, un objet personnel dans les interstices des noms gravés sur les parapets des bassins. L'émotion était dense, palpable. Vingt-cinq ans, c'est le temps d'une génération : nombre d'enfants rendaient hommage à des grands-parents disparus qu'ils n'avaient pas eu la chance de connaître.

Aucun discours officiel des représentants de l'État ou de la ville de New York, mais une foule très attentive et émue. Les commémorations américaines diffèrent profondément de celles que nous connaissons en France : sur ce site hautement sécurisé, les familles déambulent sans cesse, s'étreignent, se retrouvent pendant la lecture des noms, et restent rarement statiques. L'atmosphère est celle du mouvement et de la résilience ; les gestes de solidarité y sont constamment évoqués, sans occulter certaines tensions : quelques voix glorifiaient l'action du président Trump, tandis que d'autres s'élevaient contre les gouvernements ayant protégé l'Arabie saoudite, dont plusieurs familles ont dénoncé la complicité dans les attentats les plus meurtriers qu'aient connus les États-Unis.

Un programme éducatif suivi par 1,7 million d'enseignants

Post-its colorés avec thèmes et sujets du wébinaire "I teach 9/11" organisé à l'occasion des commémorations des 25 ans du 11-Septembre
Programme éducatif lors des commémorations des 25 ans du 11-Septembre

Le même jour se tenait, comme chaque année, un programme éducatif en ligne animé par une vingtaine de membres du département éducatif du musée. 1,7 million d'enseignants y étaient inscrits, en majorité américains, mais aussi venus de l'étranger — notamment de France, puisque trois classes du lycée Frédéric-Mistral de Fresnes participaient également en ligne.

Les questions posées portaient souvent sur la présence ou non des intervenants du musée sur le site des tours jumelles le jour des attentats — ce qui était rarement le cas, ces derniers étant, pour la plupart, trop jeunes pour avoir vécu les événements. Leur préparation à cet exercice de réponse rapide, dans un flux quasi ininterrompu, témoigne des exigences de l'institution muséale : des éléments de réponse et des chiffres de référence étaient tenus à disposition pour répondre à la majorité des questions, et des hashtags renvoyaient vers une documentation plus complète. Lorsqu'une question inédite se posait, l'ensemble des répondants se concertait pour apporter la meilleure information possible.

Une légitimité renforcée pour le musée-mémorial en France

Les commémorations de cet « événement-monde », commémoré à l'échelle planétaire, ont permis de maintenir vive la mémoire, en dépit des théories révisionnistes et complotistes qui ont, à nouveau, refait surface. La réalité du nombre de morts, comme celle des milliers de personnes décédées depuis en inhalant les poussières chargées de métaux des décombres, ne peut être oubliée. Les récits des blessures physiques et psychiques, innombrables, demeurent gravés dans chaque mémoire individuelle et, a fortiori, dans la mémoire collective de notre monde ; ils sont inscrits dans l'Histoire.

Participer à ces commémorations rend d'autant plus légitime le projet du Musée-mémorial du terrorisme en France : il nous appartient de transmettre à toutes les jeunes générations la manière dont le terrorisme a profondément marqué nos sociétés, mais aussi la façon dont celles-ci ont su puiser dans leur humanité pour se reconstruire.